En cas de bonheur

En cas de bonheur
En cas de bonheur de David Foenkinos
je crois bien que ça a été un des gros succès de la rentrée littéraire
(à vrai dire j'en sais rien)
c'est sur les relations mais c'est tellement différent de tout ce qu'on peut lire
c'est l'histoire de Jean-Jacques et Claire. Ils vivent ensemble depuis huit ans. Leur amour s'effrite. Jean-Jacques décide donc de se trouver une maîtresse. Claire engage un détective, Igor, pour qu'il lui dise si oui ou non Jean-Jacques a bien une maîtresse. Elle tombe amoureuse de ce détective. Jean-Jacques engage lui-même un détective qui est le cousin d'Igor, pour savoir si oui ou non sa femme le trompe. Le cousin d'Igor tombe amoureux de Claire.
C'est de l'absurde c'est très bien écrit drôle on retrouve les deux polonais figure tjs présente des romans de Foenkinos. C'est le genre de livre qui doit plaire à tlm ça se lit vite l'écriture est de qualité sans pour autant être chiante. Les réflexions sur le couple contemporain sont bien plus justes et intéressantes que celles de Beigbeder dans L'amour dure trois ans par exemple

"Chaque couple possède son Genève.
Ce type de souvenir est exactement comme le doudou d'un enfant ; une sorte d'étoffe dans laquelle on peut s'enfouir, se protéger et s'oublier, en cas de difficulté. De nombreux couples, souvent inconsciemment, matérialisent le souvenir référent par une photo aux belles couleurs, parfaitement encadrée dans un cadre parfait, et proposée à tous les regards dans le salon. Ce souvenir référent prend alors une autre ampleur ; il est la preuve du bonheur. Trônant sur un buffet, l'amour s'illusionne d'éternel. Pour parfaire l'ironie de cette quintessence mythique de l'amour, il n'est pas rare qu'en réalité le voyage anthologique ait été truffé de galères transformées en épisodes risibles et mémorables. En d'autres termes, ce voyage à Genève avait été un voyage de seconde zone. Mais ce voyage était devenu un mythe car il s'agissait de l'époque mythique de l'amour, celle où les détails sont tués."
# Posted on Tuesday, 18 April 2006 at 5:47 PM
Edited on Wednesday, 25 July 2007 at 4:52 PM

Petits suicides entre amis

Petits suicides entre amis
Petits suicides entre amis de Arto Paasilinna
Vous avez peut-être vu la couverture dans le metro au printemps dernier
ce bouquin faisait partie de la selection folio par la fnac
je trouve le titre bien accrocheur (ainsi que la quatrième de couverture)
c'est bien les deux seules choses à retenir de ce livre

Deux hommes pensent au suicide.. chacun de leur côté. Ils choisissent par hasard le même lieu pour mettre fin à leur jour : une vieille grange au milieu d'un champ. Surpris par ce heureux hasard, ils décident de remettre à plus tard leur suicide. Ils décident finalement de créer une association de suicidaires histoire de défendre leurs intérêts. Les membres parcourent le pays dans un car de tourisme à la recherche de l'endroit parfait pour se sucider. Le lecteur est amené à suivre les tribulations du groupe, véritable périple, voyage iniatique.
Style extrêmement neutre et détaché - est-ce caractéristique de l'écriture scandinave?
J'ai pas accroché car à aucun moment l'auteur ne ns fait pénétrer dans la psychologie des personnages. Bon il n'y a pas que ça je n'arriverai pas à écrire quoi que ce soit de pertinent ce soir je le sens me souviens plus exactement ce qui m'a déplu dans ce bouquin. Vous laissez pas avoir par un titre accrocheur voilà c'est tout ce que j'ai à dire
# Posted on Tuesday, 18 April 2006 at 5:45 PM

Chroniques de l'asphalte

Chroniques de l'asphalte
hier j'ai lu Chroniques de l'asphalte de Samuel Benchetrit
oui je sais je me laisse avoir je vois le mec à tlm en parle son charme opère et moi j'achete le bouquin
moins de 200 pages en gros caractères le tout pour la modique somme de 18 euros
expédié en 2 heures
voilà ça s'ingurgite c'est pas mal je vais pas cracher dessus
mais quant à dire que "l'auteur est à la littérature ce que les Sex Pistols ont été au rock", il y a un FOSSE !!!
logique commerciale marketing publicitaire tout ce que vous voulez.. le mec à peine les 30 ans passés se met à raconter sa vie 4 autres volumes sont prévus

pourquoi est-ce que je ne suis absolument pas convaincue alors que toutes les critiques en disent du bien?
c'est l'histoire de Samuel son enfance dans la cité des anecdotes ses potes sa famille
concept intéressant (mouais) : le bouquin ne se divise pas en chapitres mais est organisé selon les lieux de la tour où se déroulent les scènes (3° étage face, ascenseur, hall, caves, etc..) les chapitres font tout au plus une dizaine de pages - superficialité, on ne cerne pas du tout les personnages étage par étage .. et on n'a pas non plus une vision globale de la tour, sorte de mosaïque. L'idée est très mal exploitée finalement. L'impression que j'ai personnellement .. c'est que l'auteur a écrit son bouquin, puis s'est dit "tiens faudrait que je trouve un truc un peu plus accrocheur que les chapitres" peut-être s'est-il inspiré de Bret qui dans Glamorama lançait un compte à rebours? Toujours est-il que le procédé n'a pas lieu d'être - la structure et le fond ne sont pas en osmose ; le procédé vient plutôt se greffer sur un contenu déjà écrit.
seconde remarque, sur le fond cette fois : en voulant détruire les clichés sur la banlieue Samuel Benchetrit en consacre un autre : c'est le cliché de l'artiste bobo qui a grandi en banlieue et qui dit que personne ne connaît la banlieue à part lui
L'histoire est absolument banale - rien à signaler. De même pour le style. Une fin tout à fait surnaturelle avec cette histoire d'astronaute américain qui attérit sur le toit de la tour, recueilli par Mme Hamida du douzième étage, à qui la NASA offrira un voyage avec ses gosses pour la remercier .. cette scène renferme-t-elle des métaphores que je n'aurai pas su interpréter? ah oui bien sûr l'utilité de la scène est la suivante : description de l'astronaute à un agent de la NASA qui tente de le localiser. Très bien. La description n'est pas complètement inintéressante - l'auteur cependant était-il obligé de passer par de tels détours?

"C'est une banlieue, une immense banlieue, certainement plusieurs villes... Il y a des centaines d'immeubles, tous gris, ils semblent être les mêmes... Certains immeubles sont tout en hauteur, d'autres ressemblents à des barres posées à l'horizontale... Parfois, entre ces blocs, on trouve quelques pavillons, ils sont identiques les uns aux autres et n'ont pas l'air finis. On a l'impression qu'ils ont peur des tours qui se dressent autour d'eux... Il n'y a pas beaucoup de monde dehors, en tout cas, personne ne se promène sans but précis... Les gens rentrent chez eux, reviennent ou vont faire des courses... Des groupes de jeunes sont parfois réunis devant les entrées d'immeuble, ou alors accroupis autour d'une moto pour faire de la mécanique... Il y a souvent des hommes accoudés aux fenêtres des immeubles, ils sont seuls et fument des cigarettes. Je ne sais pas si ces hommes pensent ou regardent simplement devant eux... Le ciel est étrange, nous sommes pourtant en fin d'après-midi et sa couleur est proche du rose ici, le ciel ne dégage pas une lumière naturelle, c'est autre chose, comme un éclat chimique... En fait, le ciel est électrique comme le sont les néons accrochés partout dans le paysage... Des milliers de néons... Certains sont publicitaires, suspendus sur les toits des immeubles, sur les plus proches, on peut lire : CONTINENT... CONFORAMA... LEROY MERLIN... TOYOTA... Plus bas, on trouve des néons accrochés au-dessus des entrées de magasins ou d'usines, je peux lire : BOUCHERIE BERNARD... COIFFEUR... DUMAY ELECTRICITE... PRESSE-TABAC DES QUATRE TOURS... FERRAILLERIE GOMEZ... Les néons sont bleus, verts, parfois jaunes mais rouges le plus souvent... Il y a aussi des néons qui ne servent à rien d'autre qu'à éclairer... Eclairer les abribus, les galeries marchandes, les halls d'immeuble, les trottoirs ou les routes..."

Un chapitre m'a ému, c'est le 6° étage, écrit à la deuxième personne. Ce n'est pas vraiment novateur, d'autres l'ont fait avant, sûrement mieux, mais ça donne tjs ce côté intime. c'est touchant. Accélération du rythme, nostalgie, si tout le livre avait été écrit sur ce ton, sûr que ça m'aurait plus

Je viens de relire les quelques lignes que j'ai écrites à propos de la banalité de l'histoire comme du style. Et maintenant, je me demande si l'auteur n'a pas volontairement empreint son récit de banalité, c'est la banalité des banlieues même, d'un quotidien parfois drôle, parfois triste, souvent monotone et ennuyeux.
Mon point de vue est finalement mitigé je crois que j'aurai besoin de discuter du bouquin avec des personnes qui l'auraient lu également. (J'ai d'habitude toujours une pléthore de références qui me viennent en tête, je tente de me réfréner.. là RIEN!) je partais sur une position plutôt tranchée et me voici au terme de ce compte-rendu assez perplexe (ce que vous lisez c'est donc la pensée de Mari en action évolution the process of thinking )
# Posted on Tuesday, 18 April 2006 at 5:41 PM
Edited on Wednesday, 25 July 2007 at 6:53 PM

Lunar Park

Lunar Park
LES REFERENCES A D'AUTRES OEUVRES

ça risque d'être long car l'ouvrage est vraiment complexe comparé aux précédents
J'ai pas pu m'empêcher d'écrire des mini commentaires sur le bouquin pendant la lecture car il y a plein de choses qui m'intriguaient
je faisais des hypothèses
c'était comme si je lisais un roman policier
et de la science-fiction à la fois. Bret Easton Ellis rend hommage à Stephen King je suis d'accord toutes les critiques le disent. Mais personnellement ce n'est pas l'inspiration qui m'a le plus frappée.
J'ai pensé à Rebecca de Daphne du Maurier et à Jane Eyre de Charlotte Brontë, deux gothic novels par excellence - c'est plutôt du roman gothique que de la SF que se rapproche Bret Easton Ellis
finalement. Ses principaux éléments : la terreur, le mystère, le surnaturel, la fatalité, la mort, les lieux hantés, les fantômes, la folie, les sorts héréditaires etc.. Décor, toile de fond surréaliste, mais pas seulement (les dialogues et les personnages sont surnaturels).
Autre inspiration : Death of a Salesman d'Arthur Miller. Des ressemblances évidentes. La figure du père malmenée, errante, remise en cause par ses enfants. Dualité réalité/ apparence ; vision hallucinatoire. La vie de famille quotidienne dans les zones résidentielles, la sensation d'étouffement, le nom du guérisseur : MILLER.
Enfin l'inspiration la plus manifeste : Hamlet de Shakespeare. J'ai relevé les références suivantes (non exhaustives) : le centre commercial Fortinbras (nom du roi des terres voisines) ; Elsinore lane (Elsinore Castle) ; Ophelia Boulevard (Ophelia = l'héroïne d'Hamlet) ; Claudius Street (Claudius est le beau-père d'Hamlet, l'assassin d'Hamlet le père). Au-delà d'un environnement, d'une atmosphère que Bret Easton Ellis dessine à partir de la pièce Hamlet de Shakespeare (éléments formels), c'est l'histoire de Lunar Park qui prend son sens à la lumière d'Hamlet (éléments de fond). Le fantôme du père qui revient hanter son fils car il estime que ses souhaits n'ont pas été respecté ; la vengeance ; l'avertissement ; le fantôme du père qui ne peut reposer en paix. J'ai relevé deux autres éléments enfin, dont l'interprétation paraîtra à certains far-fetched : l'intrusion du garde lorsque Bret et Nadine discutent à l'école des enfants (voir le garde au début de la pièce dans Hamlet) ; "le masque de Nadine" (parallèle avec toute la métaphore du masque dans Hamlet : Ophelia is "sugared").


LES REFERENCES A DES OEUVRES DE BRET EASTON ELLIS

Le premier chapitre "les débuts"
Etonnant. Très accrocheur - il fallait y penser. Je n'ai jamais rien vu de tel en littérature.
L'auteur reprend un à un les débuts de chacun de ses ouvrages antérieurs, en commençant par celui de l'ouvrage qu'il est en train d'écrire : Lunar Park. On connaît donc la première phrase du bouquin avant même de l'avoir commencé en quelque sorte.

"Tu fais vraiment très bonne impression." ; "You do an awfully good impression of yourself."

On découvre Bret critique, qui revient sur ses autres oeuvres, sur l'évolution de son style. Après une phase d'éparpillement (on se souvient notamment des Lois de l'Attraction dont la première phrase fait plusieurs lignes et commencent par "et"), il revient à un style minimaliste : phrases courtes, incisives, télégraphiques.
Il explique dans quelles circonstances il a écrit chacun de ces romans, pourquoi, la critique qu'ils ont reçue. Notamment pour American Psycho, un roman qui va hanter Lunar Park. Je suis d'accord avec toi Neversleep quand tu dis que BEE semble écrire ce bouquin pour lui. Là où certains verront une justification adressée au lecteur, à la critique, je pense qu'il faut plutôt voir un acte personnel, répondant à un besoin de la part de l'auteur de comprendre le sens de son oeuvre globale, et de démêler ses rapports avec son père à travers le personnage de Patrick Bateman.

BEE met en lumière un problème essentiel en littérature : celui de la fiabilité du narrateur. Il montre par exemple que le héros d'American Psycho n'était pas crédible, qu'il ne fallait pas y voir le récit gore de monstruosités en série (actes gratuits), mais l'histoire d'un mec qui se sent mal, piégé par la façon dont la vie est organisée en Amérique (meurtres et torture = fantasmes). C'est pour cela qu'il procède, selon moi, à une multiplication progressive des narrateurs et donc des points de vue, à la fin du roman. Dissociation écrivain/ individu (père) : « il y avait à présent deux stratégies opposées pour faire face à la situation en cours. » ; intervention, dans la narration de différents personnages ; et finalement, Bret admet qu'on ne le juge pas très crédible (les voisins, la police.. le lecteur?). A mon sens la notion de fiabilité n'est pas pertinente dans la mesure où toute réalité est appréhendée différemment par chacun ; ce que je vois est réel pour moi ; si ce n'est pas LA vérité, c'est du moins une réalité pour moi.

Je m'arrête là, il y a tant de choses à dire, et d'une certaine façon, j'ai l'impression de dénaturer l'oeuvre en la triturant ainsi. (mais j'ai envie de comprendre).
# Posted on Tuesday, 18 April 2006 at 5:33 PM
Edited on Wednesday, 25 July 2007 at 3:15 PM

Dieu et l'Etat

Je viens de lire Dieu et l'Etat de Mikhaïl Bakounine dans cette petite collection que j'aime toujours autant : Mille et Une Nuits.
Bakounine est bien connu figure de l'anarchie, russe, c'est une critique de l'état et de la religion qu'il nous livre ici en ce milieu de XIXè siècle.
Si l'on voulait résumer son petit ouvrage, il suffirait de dire que : au "Si dieu n'existait pas, il faudrait l'inventer" de Voltaire, Mikhaïl Bakounine a répondu : "Si Dieu existait, il faudrait le faire disparaître".

Ce qui me dérange finalement, c'est le manque de cohérence du bouquin. On ne peut l'imputer à l'auteur lui-même, dans la mesure où ce sont des éditeurs qui ont formé cet écrit à partir de différents extraits d'une lettre beaucoup plus longue que Bakounine avait rédigée.
Il en résulte une espèce d'amalgame un peu disparate, une somme d'idées intéressantes mais pas directement cohérentes entre elles, ce qui ne facilite pas la compréhension de l'objectif de Bakounine, au-delà du "faîtes la révolution vive l'anarchie" (qui serait réducteur). C'est pourquoi j'éprouve quelques difficultés au résumé des idées de l'auteur. Je n'aimerais pas en donner une idée simpliste - je ne peuxpour autant, seulement à partir de cet ouvrage, en dégager la complexité.
Vision matérialiste du monde - le matérialisme marxiste repose sur la thèse centrale, selon laquelle "le mode de production de la vie matérielle conditionne le processus d'ensemble de la vie sociale, politique et spirituelle." (Marx, Contribution à la critique de l'économie politique). (ce n'est pas immédiatement, complètement, limpide).
Bakounine pose l'abolition de l'Etat comme la condition d'émergence d'une société libre, et le refus de toute transcendance, métaphysique ou religieuse, comme la condition première de la liberté de l'esprit. Il distingue la science de la vie elle-même, la science contenant la vie et la pensée, n'étant finalement que la pensée de la vie. C'est une incitation à la rébellion contre l'oppression (incarnée par l'Etat et la religion), à l'insoumission. On notera enfin que l'Etat et la religion ne sont pas traités séparément mais au contraire fortement imbriqués, l'affirmation de la réligion découlant d'une volonté de l'Etat (ce sont les dirigeants qui prennent conscience de la nécessité de la religion pour mieux oppresser le peuple).

Je pense que Bakounine dégage les enjeux essentiels de son siècle sans toutefois aller suffisamment dans les détails pour que son ouvrage soit porteur d'une action. Bien sûr on peut facilement critiquer sa thèse en disant qu'on n'est libre qu'à partir du moment où existe une certaine forme d'autorité et illustrer cette idée par de nombreux exemples de sociétés où ont régné le chaos car il n'y avait pas de règles pour régir les rapports sociaux entre les individus. C'est la question de la possibilité pour les hommes de vivre en société qu'il pose ici.
Dieu et l'Etat
# Posted on Tuesday, 18 April 2006 at 5:29 PM